* Non, ce n'est pas le nom d'un meuble Ikéa...

Le mercredi est, généralement, une journée qui s'annonce sportive, dans tous les sens du terme.

En effet, j'ai inscrit mes enfants aux activités qu'ils lorgnaient depuis notre arrivée, et pour lesquelles nous avons la chance, sur le site du Morne-Desaix, d'être rudement bien équipés:

un tennis club bien sympathique, et une piscine flambant neuve, ayant subi un lifting complet durant l'été.

Mais pour profiter pleinement de ces installations, encore fallait-t'il s'inscrire, et là, LA.... cette épreuve fait partie du parcours marathon réservé aux mamans qui souhaitent voir leur rejeton intégrer la section dont il rêve depuis 2 mois.

Autant dire que toute disqualification est exclue.

Alors, ce challenge se joue en plusieurs temps:

D'abord, vous devez arriver à 09h00 précise au mess, transformé pour l'occasion en gigantesque forum des sports, divisé en plusieurs stands.

Tel Rambo dans la jungle, vous devez vous frayer un chemin à travers une horde de jeunes et leurs parents en furie, transpirant à grosses gouttes (vache, qu'est-ce qu'il fait chaud, ici...), et trouver LE stand que convoitent le pin's et la demi-portion.

Le tout sans perdre les jumelles, désorientées dans cette forêt de jambes poilues (oui, parce que les militaires en short ont souvent les jambes poilues. Sauf ceux qui font du vélo. C'est comme ça qu'on reconnaît les sportifs) et qui hurlent qu'elles ont faiiiim Mamaaaaaan!!!!!! parce qu'elle ont repéré le stand de distribution de jus de fruits et de viennoiseries, un peu plus loin.

Mais vous, vous n'avez absolument pas le temps de bruncher. Ni de broncher. Vous, vous avez une mission: ne pas décevoir vos petits; la pression est énorme.

A force de volonté, et de coups de coudes "innocents" (avec un "oh pardon!!! Excusez-moi!!!" et un grand sourire, ça passe toujours mieux...), je suis finalement parvenue à m'infiltrer jusqu'au stand de la section natation:

la file d'attente était si longue, que j'ai d'abord cru que c'était l'entrée des toilettes...

Décidément, cette année, les files d'attente me poursuivent!

Enfin, là en l'occurrence, c'est plutôt moi qui poursuit la file d'attente, lui rajoutant, avec toute ma tribu, un bon mètre supplémentaire.

Une maman s'installe derrière moi et tente, subrepticement, de me passer devant:

"Dites-donc greluche pauvre fille pintade Madame, vous n'espérez tout de même pas que je vous cède ne serait-ce qu'un centimètre... Ca fait des heures que j'ai planté là mon camp, alors ouste!!!"

Bon, en vrai, je ne lui ai pas dit ça. J'ai tenté de faire passer mon message par l'intensité de mon regard scandalisé.

Donc, me voila en train de me concentrer sur la noirceur glaciale de mon regard-mitraillette-semi-automatique, et... Oh!!!! Un plateau de pains aux raisins!!! Mince... pourvu que personne ne prenne le dernier... (Oui, ben je préfère les pains aux raisins aux Kinder Bueno, c'est mon droit!!!)

Quelque chose me tire de ma rêverie. Enfin, me tire par le poignet. C'est mon fils:

"Oh, Maman, tu rêves!!! On avance, là!"

Dieu tout puissant!!! J'ai laissé entre moi et la personne précédente une trouée d'un mètre cinquante, facilitant la percée de l'ennemi.

La fourbe, derrière mon dos, tente de saisir cette opportunité, entamant la stratégie de la marche du crabe.

C'est une vieille technique militaire inspirée des sioux, qui consiste à faire un moonwalk facial (ah ben je vous l'avais dit, c'est technique!!!) (vous vous rendez compte que la correction automatique ne valide pas le mot "moonwalk"? C'est inadmissible! Je vais en parler à Microsoft) afin de doubler discrètement son adversaire. En grande fan de MJ (Michaël, i love you for ever), je ne peux décemment pas la laisser faire; je dois agir, et vite.

J'invoque l'esprit du grand king of pop, et j'emploie une autre ruse, vieille comme le monde: le bouclier humain.

Ouais, bon, je sais, c'est super moche d'utiliser ses enfants dans un conflit d'intérêts. Mais en même temps, cette inscription était bien dans le leur, d'intérêt.

Mes enfants, main dans la main, se sont étalés horizontalement, formant une barrière longitudinale humaine, absolument infranchissable. Héhé. Bah oui, elle n'allait pas s'en prendre à des enfants, quand même. J'ai lu la frustration dans son regard. Mais C'est qu'elle serait hargneuse, dites-moi...

En fait, quand j'arrive dans une file, c'est imparable, je suis à chaque fois victime de tentative de doublement vicelo-furtif. Impossible d'y échapper. C'est comme quand, le matin, j'ouvre ma brique de lait au couteau, parce que je ne retrouve jamais mes ciseaux, et qu'il reste les petits filaments de plastique arrachés à la couche d'aluminium déviant la trajectoire du flux de lait, qui, immanquablement, va s'écouler lamentablement le long de la brique, ne se déversant que pour 50% dans mon bol. Et ça, c'est pas de bol.

Ca n'a rien à voir, mais c'est pareil. Evidemment, ça va forcément vous mettre en retard puisque vous vous retrouvez obligé de nettoyer, alors que vous êtes en retard pour l'école. Bah la doubleuse, quelque part, elle vous met en retard, elle aussi. Voila.

[NDLR: Vous n'êtes pas obligés de comprendre mon raisonnement.]

Enfin, bref.

Où en étais-je...

Ah oui, je remettais à sa place une sournoise. C'est-à-dire, derrière moi. Et j'ai enfin pu inscrire mes deux pin's à leur activité favorite.

ABBIAMO VINTO!!!!!

Mais tout n'était pas joué...

Pour le tennis, il fallait encore se rendre au club le samedi matin, ce qui n'avait rien de compliqué. En revanche, pour la piscine, la responsable du stand m'a signifié la nécessité de rapporter le dossier complet le mardi suivant.

Une formalité, pensais-je.

Eh bien, je pensais mal.

Le fameux mardi en question, me voila sur le pied de guerre, comme chaque matin, pour emmener mes mini-sioux à l'école.

Après avoir sué sang et eau pour retrouver une chaussure perdue, recoiffer l'une de mes jujus qui faisait un blocage sur son unique tresse, alors qu'elle en voulait DEUX (mère indigne, va... Aaaah, tu croyais gagner du temps, hein? Mwouahahahahaha...), convaincre sa soeur que vraiment, Doudou était TROP malade pour aller en classe avec elle (j'ai quand même du faire semblant de lui donner du Doliprane), et rappeler à mon fils que son cartable ne prendrait pas ses petites jambes pour se rendre tout seul jusqu'à l'école, je referme enfin la porte sur la maison, parée à affronter cette nouvelle journée.

C'est alors que je croise ma voisine, remontant, d'un pas léger et sportif (m'énerve, celle-là...), les escaliers. Curieux, elle devrait les descendre elle aussi, puisque son aîné est dans la classe du mien.

"Tu as oublié quelque chose?" lui lance-je.

"Oui, les photos d'identité pour la piscine!" me répond-elle, essoufflée.

La piscine? A 07h15 du mat'?

Trop tard pour lui demander des explications, il est plus que temps de prendre le chemin de l'école.

Mais par acquit de conscience, je décide de faire un détour rapide par le cinéma Desaix, désigné pour être le lieu de réception des inscriptions finales en piscine.

Eh bien, croyez-le ou non, mais à 07h30 du matin, la file d'attente prenait déjà des proportions inquiétantes... Genre Boa constrictor replié sur lui-même, vous voyez?

Et les places qui sont limitées...  J'ai failli crier

 

"ALERTE A LA BOOOOOOMBE, fuyez-tous!!!!!"

mais au prix d'un effort surhumain, je me suis abstenue.

Dommage, ç'aurait été amusant de voir cette grappe humaine se disséminer dans une désorganisation généralisée, en proie à la panique.

Anarchiste, moi? Pensez-vous...

Simplement, j'ai bien observé les fourmis sur ma terrasse, depuis mon arrivée (ben oui, j'ai une vie, moi...), et avez-vous déjà remarqué qu'il suffit de passer un doigt sur leur trajectoire pour brouiller leur piste de phéromones, et les voir s'éparpiller dans tous les sens?

Non?!

Pourtant, je vous jure que...

Bon, d'accord, il va me falloir réaffronter l'enfer de la file, c'est officiel.

Je dépose mes marmots, inconscients de l'épreuve que je vais devoir braver pour eux, un bisou rapide pour me donner des forces de super-maman, et zou, en avant pour trois heures de foliiiiiiiiie!!!! (C'était pas Dorothée, qui disait ça?)

J'arrive dans le hall du cinéma, et première bonne surprise, une partie de la file a eu la bonne idée de se résorber durant mon escapade à l'école.

C'est bon signe.

J'arrive au comptoir, et ô miracle!!! Je suis toute seule!!!

Un militaire m'attend-là, et me tend un ticket.

Il a dû lire l'incompréhension dans mon regard, car il précise: "parce que les inscriptions pour la piscine, c'est DANS la salle de cinéma".

Ah?! Bon... Je suis la direction qu'il m'indique d'un index insolent (oui oui, insolent!!! ), et entre dans la salle de projection.

Lumière.

OH-MON-DIEU.... la salle est passablement remplie... Au premier rang, je croise le regard familier et désemparé d'une collègue de mon mari, au bord du nervous-breakdown;  de loin, elle articule un muet "je suis là depuis deux heures!!!"  que j'ai d'abord intérprété comme un "je suis de mauvaise humeur!!". Ce qui revenait sensiblement au même, après tout.

Et c'est effectivement le temps que j'ai mis à accéder, à mon tour, aux places si chères du premier rang.

C'est alors que la responsable du stand hurla un fort désagréable:

"Pour le mercredi après midi, il ne reste plus que deux places!!!! Qui les voulait?"

Je lève frénétiquement la main, je me retrourne, dans l'espoir (fou, je sais) que personne n'aura l'idée de faire comme moi, et là, je vois 3 autres mains hystériques tournoyer dans les airs.

 

Bien, restons pragmatiques, j'ai 3 options:

- leur trancher la main, à l'aide de shuriken planqués dans mon sac;

- organiser des duels. Ca tombe bien, nous avons une salle entière de spectateurs;

- enfiler un masque du serial-killer du film Scream, faire mine de revenir des toilettes, m'asseoir à côté d'eux et les planter discrètement;

2 ème rang, 5ème à gauche, vous me reconnaissez?

 

- ou alors, dégainer mon chéquier et corrompre le comité d'inscription.

Ouais, je sais, je sais, ça fait 4.

Mais il faut toujours une solution de repli, au cas où les précédentes ne fonctionneraient pas, pour une raison qui m'échappe.

Genre, une solution qui m'éviterait d'aller en prison.

Mais hors de question de décevoir mon fiston!!!!

 

Mais... que dis-je.... Que dis-je!!!

C'est moi qui ai le ticket numéro 99!!!! Et nous en sommes au 96... Ce qui signifie qu'à moins que mes concurrents n'aient les numéros 97 et 98, ce qui serait un énorme coup du sort, je devrais pouvoir m'en tirer sans effusion de sang! (ça tombe bien, je ne retrouve pas ces fichus shuriken...)

 

Si après ça, mon fils ne me rapporte pas une médaille olympique à la maison, je... je..... je........

Ben, je le ré-inscrirai l'année prochaine...

 

 

 

 

(...OU PAS)