Bien, hier, je vous ai raconté ma rentrée de star, qui a assuré ma -trèèèèès éphémère- célébrité dans les Antilles.

Comme vous l'avez constaté, j'y ai pris un plaisir quasi-masochiste.

 

Après avoir reçu mon planning et pris connaissance de mes horaires de la semaine, il ne me restait plus qu'un dernier détail à régler, avant de pouvoir assister à l'intégralité des cours:

inscrire mes enfants au centre aéré du mercredi.

 

Un détail, ai-je dit?

Pas quand ma scolarité en dépend, en fait.

 

Je me suis donc rendue en hâte à la caisse des écoles pour  décrocher le précieux sésame, qui me permettrait d'obtenir ma liberté.

 

Confiante, j'attends patiemment, dans une chaleur étouffante, aux côtés d'autres Mamans dans la petite salle.

On m'appelle enfin.

Je tends les dossiers que j'ai minutieusement préparés. L'agent enregistre le premier, le deuxième... et tique sur le troisième.

Je sens poindre les problèmes.

D'un geste sceptique, elle saisit le quatrième dossier, secoue la tête, ôte ses lunettes, me regarde, croise les bras et m'assène cette phrase:

"Madame, pour les deux ainés, aucun problème. En revanche, vos jumelles n'ont pas encore trois ans. je ne peux rien faire pour vous. Vous pourrez les inscrire uniquement à compter du mois de décembre."

 

LE choc.

 

J'avais tout envisagé, sauf cette éventualité.

Je balbutie un "mais comment je vais faire???" pitoyable, comme si j'attendais d'elle qu'elle me donne la réponse.

Encourageante, elle me répond: "Essayez la crèche, mais les listes d'attente sont très longues... Toutefois pour vos deux premiers, comme je vous l'ai dit, aucun problème!!! Ca vous fera un montant de 16€ chacun par jour de garde".

 

Mon Dieu, mais comment ai-je pu occulter à ce point de tels éléments? Mais enfin, que n'y ai-je pensé AVANT?

Je réalise soudain que je n'avais même pas songé au tarif, et cette réalité, soigneusement déniée ces dernières semaines, probablement par trop grand enthousiasme, me foudroie: je me livre à un rapide calcul mental et j'en conclus qu'il me faudra débourser, par mois de garde, pas moins de 256€, uniquement pour le centre aéré.

Ce qui n'aurait point été un problème, s'il ne s'était s'agi que de cela.

Mais il faut ajouter à cette somme le coût déjà prohibitif de la cantine et de la périscolaire, qui nous fait atteindre un montant avoisinant les 600€.

A peine moins que la rémunération qui me serait allouée pour mes quelques heures de cours dispensées par semaine, soit un petit temps partiel. 

Et encore, c'est sans envisager les vacances du mois d'octobre, qui impliquent une garde continue au centre aéré pendant près de 15 jours.

Impossible à assumer sans sourciller, d'autant que la garde de mes petites jumelles ne serait alors toujours pas assurée par le centre.

 

Je ressors de là, complètement abattue, et rejoins mon mari dans la voiture qui compatit à ma déception (le mawi, pas la woiture) et tente de trouver des solutions. Mais de solutions, il n'y a pas; après avoir étudié toutes les options possibles autour d'un repas au restaurant, sensé me remonter le moral, nous en déduisons qu'il serait peut-être plus sage de revenir à mon idée première, reprendre l'italien, en autodidacte.

Il était question que je passe le concours de professeur d'italien au mois de février 2012, projet auquel j'avais renoncé à l'annonce de la mutation du mawi. Et qui s'était trouvé supplanté par l'optique d'un congé de formation.

A présent que cet espoir s'évanouit, je ré-envisage sérieusement de préparer ce fichu concours; je dispose désormais de tout le temps nécessaire pour atteindre niveau de maîtrise de la langue indispensable à l'obtention du diplôme, à mon retour de métropole.

Il est vrai que mon poste au sein du ministère de la Défense est assuré, et que ma réintégration s'effectuerait de plein-droit;

seulement, je ne peux envisager de rester inactive durant ces trois prochaines années;

et puis, je ressens le besoin presque viscéral de changer d'environnement professionnel, et de pouvoir vivre de ce qui me passionne réellement.

 

Peut-être suis-je trop exigeante au vu de la conjoncture actuelle, peut-être suis-je tout simplement capricieuse, voire égoïste (en fait, chuis pleine de défauts!!!); peut-être s'agit-il aussi d'une simple question d'ego, d'un désir inconscient de vouloir me prouver à moi-même ma valeur, ou mes capacités;

mais au delà de ces considérations, je me dis que qui ne tente rien, n'a effectivement jamais rien;

et nous n'avons qu'une vie!

 

Voilà.

 

Il n'empêche que cette expérience si prématurément avortée m'en cuit terriblement.

Je me sens bête de m'être laissée dominée par des considérations si bassement matérielles. J'ai eu la faiblesse de croire que ma motivation seule suffirait à surmonter tous les obstacles, quels qu'ils soient.

 

M'enfin, cessons-là cette introspection ennuyeuse!!!

 

Dans un sens... je m'étais jurée de ne pas être une mère parfaite, fidèle aux principes de l'hilarante Libby Purves; en cela, je pense que je viens de réussir ce pari!!!

 

Mais oui!!!

 

Imaginez, mes enfants n'auront pas pour Maman (en tout cas pas tout de suite) une vieille prof aigrie, ronchon et sadique, au tailleur sévère et au chignon vainement strict -car finissant immanquablement en choucroute à la fin d'une journée harassante, passée à lutter contre les piaillements d'élèves surexcités- les lunettes glissant lamentablement sur le bout de nez, et bourrée de scories du langage.

Oooooh si, admettez-le....

TOUS les profs ont AU MOINS UN tic verbal, du type "on est bien d'accord", "bien entendu" ou "c'est pas plus compliqué que ça" (c'est du vécu, ce que je vous dis-là), un leitmotiv que les facétieux élèves se plaisent à comptabiliser à chaque cours, dans l'unique but -jouissif, je l'admets- de tourner l'ennemi au ridicule.


D'autre part, aucun risque que mes petits subissent l'humiliation suprême d'avoir leur mère pour prof principale, qui serait à l'affût, auprès de ses collègues, de la moindre petite note en dessous de la moyenne (bon, pour cela, nul besoin d'être prof, je vous l'accorde; le simple statut de parent suffit à s'octroyer ce droit coutumier), se transformant en une insupportable pervenche, distribuant à tour de bras des heures de colle et des fiches de punition. 

 

D'accord, d'accord...

J'en conviens, Tous les profs ne sont pas tels que dépeints ci-dessus, n'ont pas ce look et cette attitude de souris grise.

Les profs belles, jeunes et super sympas, ça existe aussi.

Mais pas dans ce post.

Car ce post a pour but de m'auto-consoler.

Aussi, aujourd'hui, tous les profs seront, si je l'entends, vieux, cons et moches.

 

Et puis, avec du recul...

 

Hier, je suis allée chercher mes petites puces à la maternelle.

Elles étaient déjà à la périscolaire.

Quand je les ai vues, assises bien sagement dans une salle surchauffée autour de leur petite table, serrées contre leurs petits copains, tombant de fatigue, le pouce dans la bouche et le regard dans le vague, interdites de faire le moindre mouvement, alors je me suis félicitée de ne pas leur infliger cette longue attente matin et soir.

Ces deux derniers mois ont déjà été forts riches en émotion pour elles; le déménagement, la nouvelle maison, un nouveau pays, une nouvelle école, de nouveaux copains... Il aurait fallu ajouter à cela un nouveau centre aéré, un réveil à 5 heures du matin chaque jour de la semaine et des journées horriblement longues... Et elles sont encore si petites!!!*


*(C'est bon là, ça fait assez d'excuses????)

 

Si la rentrée a été une formalité pour mes deux grands, qui sont ravis, il n'en n'a pas été de même pour mes benjamines. Aujourd'hui fut une petite victoire, car pour la première fois, elles n'ont presque pas pleuré en arrivant en classe.

 

Alors, si leur bonheur doit aussi passer par là... Je trouverai bien d'autres solutions, comme toujours...