(parce qu'il n'y a pas que Jean Dujardin qui ait droit à son Golden Globe)

(Sinon, z'avez vu les progrès en anglais? Deux titres consécutifs en anglais, comme j'me la raconte, moi!)

 

Depuis quelques jours, est devenue ma réplique préférée CETTE PHRASE:

 

"DITES, VOUS ME PRENEZ POUR UNE TOURISTE UN PEU, NON?"

 

Bah oui, parce que depuis que je bénéficie du statut de résidente de l'île, même depuis seulement un tout petit mois et qui plus est en CDD, j'en use et j'en abuse. Sinon, en tant que visage pâle et sans la présence -plus couleur locale- du Mawi, j'aurais vite fait de me faire dépouiller. J'ai notamment pu tester l'efficacité de cette phrase avec:

- la conseillère du réseau ONLY, symbole fort (ou pas) de la téléphonie sur l'île, qui tentait de me persuader que le forfait à 19€, par rapport à celui à 60, c'était vraiment de la "super daube", je cite.

- le vendeur de poulets boucanés du coin, qui m'affirmait avec un aplomb déconcertant et un sourire désarmant à vous faire bouffer le petit Jésus sans l'ombre d'un remord que "quand même, le poulet à 15€, ça [faisait] vwément pas chèw". Et la marmotte, etc.

 

Grâce à ma phrase magique, j'ai quand même économisé, sur ledit poulet, une certaine somme, que je m'interdis de révéler ici car les locaux, les vrais martiniquais, pourraient peut-être me prendre pour la dernière des bleues, et ça suffit comme ça de me faire humilier, hein.

Mais je suis tout de même moins bleue que le commun des métros arrivant sur l'île, et mon super look de Schtroumpfette n'est désormais dû qu'à mes magnifiques hématomes, qui ne se paient toujours l'incruste sur mes tibias.

Et ça, j'en suis super fière.

Pas de mes bleus, non, de la fin de ma naïveté.

Parce que la naïveté, ici, ça coûte trop cher.

 

Ceci dit, en dehors de ces deux expériences, je ne peux que faire honneur à la gentillesse des martiniquais que j'ai croisés. Et il y a ici une dame d'un certain âge, exerçant au service scolaire de la mairie de Fort-de France, tout à fait bluffante. En dépit du caractère un peu archaïque de l'organisation de ce service en période de rush, cette dame, que je n'avais vue qu'une fois dans ma vie à l'occasion de la pré-inscription des petits à l'école, s'est rappelée, la semaine suivante, de mon nom de famille, de celui de mes enfants, de leur âge et du nom de l'école à laquelle ils étaient promis. Heureusement que je ne lui ai pas raconté quelque secret déshonnorant car ma main au feu qu'elle me l'aurait ressorti aussi.

 

Deux explications possibles:

- soit elle se dope au Juvamine,

- soit elle se fait des injections d'omégas-3 la matin.

 

Ou alors les deux.

 

Mais si j'avais le quart du tiers de la moitié de sa mémoire, je saurais déjà parler le russe, le chinois et l'inuit.

 

Pour sauter de l'âne gonfaronnais au coq martiniquais, je parlais tout à l'heure des maraîchers.

Eh bien à ce sujet, j'ai récemment fait une découverte. Christophe Colomb peut aller se rhabiller, parce que ce que j'ai découvert ici, je suis sûre qu'aucun de vous -parmi les métropolitains, j'entends, car les antillais vont probablement se rire de nouveau de moi.

Mais aux yeux des métros, je n'en suis pas moins une grande aventurière qui peut se la péter de leur apprendre un truc totalement inutile, certes, mais oh, quand on apprend à lire, on commence par le B-A-BA. Ici, c'est pareil- n'en avait jamais eu connaissance.

 

En me baladant au rayon des fruits et légumes de l'Hyper U du coin, je tombe sur un... aliment, de la famille des fruits? légumes? denrées comestibles en tout cas, que Judith a aussitôt baptisée "patate".

Et effectivement, ça y ressemblait, mais en plus lisse et plus beaucoup plus gros.

Mais une patate au rayon des fruits, c'est somme toute curieux. Ca dénote soit de l'incompétence notoire du rayonniste, soit d'une du fait que je sois parfaitement inculte.

Ce que j'étais en l'occurrence, même si ça m'embête de l'admettre.

Alors, pour ne pas passer plus encore, et une fois de plus, pour une ignare, j'ai ravalé ma fierté et accosté une dame qui se trouvait là, en lui demandant ce qu'était cet OBNI. Notez que j'aurais tout aussi bien pu acheter ledit fruit/légume/trucmuche et en faire une dissection en règle à la maison, dans la clandestinité la plus totale, ce qui m'aurait peut-être permis d'identifier la chose sans révéler à tout le rayon mon inculturation. Mais, la flemme. Et puis, à 3€ le kilo, pardon, mais je préfère faire ma blonde (Ah ah, ça faisait longtemps):

 

"Excusez-mouâ Madame, pourriez-vous me dire ce qu'est ceci?"

 

Oups, j'ai dû parler un peu trop fort, comme d'habitude. J'ai l'impression que tous les clients me regardent avec un air mi-surpris, mi-amusé.

La dame, interloquée:

 

"Mais?! Voyons mon enfant -?????!!!!!!!- c'est un abricot!!!! Un abricot péyi!"

 

Mais vouiiiiiiii!!!!! Mais c'est bien sûr que c'est un abricot, que Diable ne l'avais-je reconnu! C'est clair que c'est l'évidence même. Un abricot déguisé en patate.

 

"Voui, oh, j'le savais, hein..."

 

Nan. En vrai je ne lui ai pas répondu ça, je l'ai simplement remerciée poliment. Elle venait tout de même de me sauver de l'ignorance. Et je vais vous dire une chose encore plus surprenante: l'abricot-patate-antillais, c'est bien meilleur que nos abricots à nous. Plus doux, moins acide, un régal. Surtout en confitures.

 

Ne vous inquiétez pas, d'ici quelques temps, quand j'aurai fait d'autres fantastiques découvertes, je viendrai, moi aussi, vous sauver de l'ignorance, en bonne "super-tourist" que je suis devenue.

 

Car ici, les bonnes choses, pour la grande gourmande que je suis, abondent sous des formes qui m'étaient alors totalement inconnues. Et quel plaisir que de les découvrir... en particulier ces fameux bâtons de cacao pur, à gratter puis à dissoudre dans du lait, accompagné de Cannelle ou de tout ce qui plaira à vos papilles que je devine au bord du malaise hypoglycémique rien qu'en me lisant. Ou encore ce "maté grillé au chocolat", sorte de compromis idéal entre le cacao et le thé, parfait pour le petit creux de seize heures. Et de celui de 10 heures. Et celui de 14 heures. Et celui de... ben non, après je n'en aurai plus!!!

 

Quoi d'autre... ah oui, nous avons ici une sorte de courge, dénommée Giraumon, à la chair particulièrement goûteuse et fondante.

 

Il y a un gros "mais" à tous ces délices: leur coût. La moindre denrée locale coûte ici un bras. Bizarrement, certaines sont même plus chères qu'en métropole. Les ignames par exemple, qui ne sont déjà pas gratuits dans nos hypermarchés de l'hexagone. Idem pour les produits de la mer, enfin, de l'océan, mais aussi les fruits, y compris les bananes, qui sont au demeurant parfaitement fameuses. Et pour les légumes... ben... si on pouvait sortir les patates et le riz de la catégorie des féculents pour les rentrer -même à grands coups de pieds- dans celle des légumes, ça m'arrangerait beaucoup.

Merci aux nutritionnistes qui liront mon appel au secours.

Parce que 240€ de courses tous les 3 jours, pour la grande famille que nous sommes, ça peut parfois être douloureux.

 

D'ailleurs, je lance un SOS aux martiniquais qui auront peut être d'autres idées de recettes locales, afin de nous sortir de la spirale infernale de l'étuvé- thaï- basmati.

 

Les casseroles ne me font pas peur, je relève tout défi culinaire si cela peut nous permettre de varier un peu les plaisirs sans peut-être abuser de la générosité de Dédé le cochon. Dédé, c'est notre tirelire. Voila.

 

Sinon, ça n'a rien à voir, mais comme vous pouvez le constater, j'ai, depuis ce matin, de nouveau une vie sociale virtuelle, grâce à l'intervention mircaculeuse des équipes techniques de France Télécom et du Morne Desaix.

J'ai lu tous vos petits commentaires, et je remercie chacun d'entre vous pour toutes ces gentillesses, que je mérite largement qui me redonnent le sourire après un mois d'adptation un peu difficile, même si je recommence à reprendre du poil de la bête. Il y a eu beaucoup à faire en ces débuts d'installation, et ce dans des conditions un peu flokloriques. Mais nous avons fait le plus gros et sommes bien décidés à désormais profiter pleinement de l'aventure - avec vous bien sûr.

J'espère pouvoir rencontrer un maximum des gentilles personnes de ce blog, et profiter de leur expérience.

 

Au plaisir,

 

La Mawie.