* Salut Les Voisins, dernière édition.

Hier, c'était la fête des voisins. La dernière passée dans notre petit village avant 3 ans.

A cette occasion, le gang des voisins barbiculiques (de l'art de faire les barbecues) a organisé une petite soirée des plus sympathiques.

Tous les ingrédients étaient réunis: des voisins, et un barbecue. Fabriqué par notre voisin lui-même, Claude. Parce que Claude, c'est le fils caché de Mac-Gyver: il te fait un barbecue avec 3 vis et deux bouts de fer. Ouais. D'ailleurs, je le soupçonne fortement d'être un expatrié-martien, venu faire des expériences sur Terre, parce qu'en plus de savoir construire des barbeucs, il fabrique des portails, répare des voitures, fait de la musculation et va courir 3 fois par semaine (et c'est pas beaucoup, qu'il a dit). Donc, vous êtes d'accord avec moi, c'est pas humain. C'est même suspect. Il y a cumul de fonctions, là: normalement, une homme, c'est doué en mécanique, doué en sport OU doué en bricolage. A la rigueur, il peut conjuguer 2 de ces talents. Mais rarement les trois à la fois.

Non... il doit être mythomane, c'est sûr (Claude, tu comprendras que cette dernière phrase est surtout destinée à éviter de froisser la susceptibilité des autres représentants du genre masculin de la soirée. Du mien par exemple, qui lui, ne fait pas de sport. Mais ho, il cuisine super bien! Et pis lui, il a fini la soirée debout... LUI...)

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mâle carnivore dominant - extrait du film "la guerre du feu"

 

Ce fut une soirée fort enrichissante culturellement, car polyethnique: nous avions des siciliens (pas de corses, pas de basques non plus, heureusement), des réunionnais, des français ayant vécu aux Etats-Unis, des futurs martiniquais, des anciens, et même, même, des gonfaronnais, dis.

(Ah oui... avis à l'homme-tout-rouge-affalé-sur-la-chaise-devant-le-garage-en-face-de-chez-nous: nous avons bien compris que Martine niquait. Merci pour cet éclairage culturel.)

 

J'ai fait la connaissance d'un nouveau voisin, diplômé en agronomie, fort cultivé (normal, pour un étudiant en agronomie), et fin connaisseur de la tradition martiniquaise; il a entrepris de m'instruire sur la vie dans l'île, afin que je me couche un peu moins bête qu'hier, mais un peu plus que demain, tout en me saoûlant copieusement.

Naaaan, ce n'était pas le voisin, qui était saoûlant, non... c'était le rhum qu'il m'a servi. 25 ans d'âge (mon âge, à 5 ans près) (5 ans de plus que mon âge, quoi) (le premier qui dit que je suis une menteuse....), né et élevé en Martinique, en fût de chêne. Et particulièrement bon.

Mais vraiment très, très, très bon. Vraiment.

Ce qui était rigolo, c'est que mon verre se remplissait tout seul, dis! Il a un vrai talent le mec! Il parvenait à me servir sans même que je m'en rende compte... Alors... après, je ne saurais dire si je ne me rendais pas compte du remplissage parce qu'au fur et à mesure de celui ci, je perdais la moitié de mes facultés intellectuelles, ou si je perdais mes facultés intellectuelles au fur et à mesure que le verre se remplissait. Ce mystère reste à élucider. Mais j'ai toutefois résolu une question non moins nébuleuse, celle du coup du magicien et de sa boîte sans fond.

Bon, ça marche aussi avec un verre.

Le magicien détourne votre attention en vous parlant d'un sujet tout à fait passionnant, et, tout en discutant, et alors que vous êtes littéralement captivé, il vous verse une rasade. C'est ainsi que tout en me soûlant à l'insu de mon plein gré, ce qui aurait dû mettre hors d'usage mon acuité intellectuelle, j'ai tout de même retenu le processus du vieillissement en fût de chêne, 2-3 mots de créole antillais, et une recette de colombo (quand j'vais dire ça à ma f... à mon mari!). Ah oui, et aussi quelques infos sur la reproduction, puis la ponte de la Tortue Luth. Tout à fait fascinant. Et pendant que je tentais, perplexe, de comprendre comment deux demi-sphères de 400 kg chacune peuvent parvenir à s'accoupler... le niveau de mon verre montait et descendait, montait et descendait. Ce qui explique peut-être pourquoi ce matin, je me suis réveillée avec le souvenir confus que Gérard Majax était présent à la soirée, et l'étrange et intime conviction, venue a priori de nulle part, que la Tortue Luth représentait une menace à la lutte contre l'alcoolisme. Bon, pourquoi pas.

Mais j'ai appris bien d'autres choses, hier soir. J'ai également eu un éclairage, de la part d'un ex-résident américain, Richard (le future beau-père de ma fille) (pourvu qu'il ne passe pas par ici et témoigne de mon état hier, me décrédibilisant totalement qu'il ne voit pas toutes les méchantes choses que j'ai écrites sur les USA), sur la vie professionnelle aux States. J'ai notamment appris que là-bas, si tu ne fais pas attention, tu te retrouves vite à travailler 70 heures par semaine, avec pour ultime récompense un copieux burn-out. Et on te récupère sur le Pont de Brooklyn avec une corde (pas pour faire du saut à l'élastique, hein). Ce qui fait que je suis désormais persuadée que les USA représentent également un danger pour l'espèce humaine (mais à part ça, ils ont sympas, hein, les américains. Surtout les franco-américains).

J'ai également appris -avec amusement- qu'à ses heures perdues, notre ami Domenico se laissait volontiers travestir par sa petite fille, qui se plaît à lui peinturlurer la figure de maquillage le week-end, quand elle s'ennuie de sa maman, partie travailler.

Subitement, j'ai réalisé que Domenico portait un tee-shirt rose. Domenico, maquillage, rose... oh la la!!! L'espace d'un instant (juste un instant, hein), je l'ai imaginé avec une perruque................. j'ai dit "naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan", et je suis partie me servir un verre de jus d'orange. Il était bizarre ce jus d'orange. Il avait comme un goût de myrte. De liqueur de myrte pour être exacte.

Et puis, j'ai fait la connaissance d'un grand blessé de guerre, un vrai. Pas un playmobil. Un nombre incalculable de blessures par balles. Et d'une dame artiste-peintre qui forçait l'admiration par son courage, menant de front son pénible travail dans les vignes et l'assistance à sa maman, âgée de 95 ans. Ca se passe en bas de chez vous.

Ensuite, notre ami-tout-rouge-de-la-chaise-devant-le-garage-en-face-de-chez-nous nous a appris le deuxième couplet de sa chanson: "martiniquaIIiiiiiIIIIIse partie ni**er!!!!!"

 

Nous nous sommes dit que c'était peut-être le signe que la soirée devait prendre fin, comme toutes les bonnes choses. Chacun était bien fatigué, les yeux rougis par la fumée (mais pas seulement, il y a eu aussi les vapeurs d'alcool les larmes de ma fille qui a soudain réalisé qu'elle devrait quitter ses amies, son petit fiancé, et laisser sa chambre à un autre petit garçon, qu'elle ne connaissait pas.

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"Allez... pleure pas, Poupée, chuis là, moi..."

 

Cette soirée avait comme un goût d'adieu (et de revenez-y, aussi).

Mais dans la joie et la bonne humeur.

Toujours.