Il y a des jours comme ça... pendant lesquels vous avez envie de vous asseoir par terre (non, pas là, c'est sale!), et de pleurer.

Même si vous savez que tout va forcément bien se terminer, et qu'au fond, ce n'est pas SI grave.

Mais hier, par exemple, j'ai perdu toute notion de relativité (heureusement, depuis, je l'ai retrouvée).

Hier matin donc, tout début de journée: mes paupières ont commencé par livrer une bataille sans merci contre la sonnerie du réveil.

05h45.

Réveil: 1, Mawie: 0.

Mais le souvenir brutal du départ de la caisse maritime, prévu pour 08 heures, m'a ramenée à la réalité de façon euh... hum... assez violente, et m'a extirpée de mon lit avant même que mon ombre n'ait pu réagir...

Aussitôt sur mes deux pieds (gauches) et là, terrrrrible constat: j'ai mal à l'épaule.

Aucun lien entre les pieds et l'épaule, je vous l'accorde.

Mais bobo quand même.

Oooh non... pas aujourd'hui, please... Eh bah SI, aujourd'hui, Mâdâme! Aujourd'hui, jour de déménagement, HAHA! Tu vas souffriiiiiir (rire sardonico-diabolo-démoniaque de ma névralgie cervico-brachiale. Un nom barbare pour une douleur plus barbare encore. Si vous voulez, c'est comme si les guerres du Golfe et des balkans réunies s'étaient déroulées dans une zone désormais sinistrée, localisée entre ma nuque et mon épaule. saleté, va).

08 heures. Mon téléphone sonne avec une agressivité sans nom: "bôjoul Môdâme c'est lé déménageuls, ôn aliiiive!!!!" (non, pas eulaïve comme en anglais, alive. Comme ça se prononce. Du verbe aliver. J'alive, tu alives, il alive. Je dirais... originaire de l'Est...?) Ouch, il est ponctuel, le bougre!!!

Moi: "LES ENFAaaaaAAAAAAAaaaaaaaNTS!!!!!!!! ECoooooOOOOOOOLE!!!!!!"

STRESS TOTAL

PANIQUE A BOWD

DEPRESSION NERVEUSE

L'Homme, tout en astiquant -fébrilement- la voiture une toute dernière fois ("aaah, ma préciiiiiiieuse...."), guette tout mouvement suspect du téléphone, menaçant de nous invectiver dans la seconde:

les gonfaronesques-titanesques travaux entrepris dans le village pourraient bien entraver la progression du camion de déménagement, que l'on suppose -forcément- monstrueux (non, comme ça: MONSTRUEUX), et nécessiter un soutien logistico-moral du mawi (surtout moral: "A gauuuuche!!! Braquez tout!!! Encore un peu... STOOOOOOP!!!! Euh.. chuis désolé....");

Pendant ce temps, je me dépêche de préparer toute ma petite smala, pour le pèlerinage quotidien vers les écoles et la crèche. J'ouvre la porte, et là, deuxième cruel constat: IL PLEUT. Oooooh non, pas aujourd'hui!!!!! Mais si, voyons. Sinon, ce n'est pas drôle. Imaginez un Total Wipeout sans pataugeoire: Même pas drôle, on est d'accord? Bah là, c'est pareil.

J'arrive à l'angle de la rue et je vois, au loin, un petit bonhomme (c'est l'effet de perspective. En vrai, il était grand) s'agiter et faire d'amples mouvements avec ses bras. Qu'est-ce qu'il fait, là, le garçon... la circulation? La ballerine? En tenue de travail DxxxxxxO (oups, j'ai failli citer son nom, dites-donc)?

Les pauvres... je les plains mentalement, espérant que cela puisse les aider à négocier le trèèèès serré virage, et m'enfuis (tout-à-fait lâchement) vers l'école.

Je tourne à droite, je ne les vois plus, hop, fin de mes problèmes jusqu'au 1/4 d'heure prochain.

Dépôt (ouais, ça fait un peu marchandise, je sais) de mes bambins aux endroits qui vont bien (et qui leur conviendront bien mieux que le bazar totalement désorganisé de la maison), puis je retourne assister au terrible combat entre l'intersection de la rue Galliéni et la rue Colbert, et le MOOOOONSTRUEUUUUX camion.

..... Attendez.....

On me signale dans l'oreillette que le monstrueux camion est en fait la pichtite camionnette Iveco que vous voyez-là. Oui oui, celle avec la caisse posée dessus:

 

 

 

Non, attendez:

 

 

Bon, pas celle là non plus...

Ah, voila. Comme celles-ci. Juste UNE hein, pas toutes... ça représente 9 mètres cubes. Et croyez-moi, 9 mètres cubes (je ne sais pas mettre le "3" en exposant. Nalesk est sur le coup), lorsqu'on a 4 enfants, ça se remplit très vite...

Bon, d'accord; pour les effets très spéciaux et la démesure hollywoodienne, on repassera, hein (mais ho, il y a quand même la pluie. On ne peut pas tout avoir)

 

Pas moyen de garer le camion devant la maison. Les pauvres déménageurs, qui sont au nombre très impressionnant de 2, sont contraints de se coltiner de pénibles voyages entre la maison et la rue Colbert, sous un ciel peu clément. En plus, je suis sûre qu'ils sont payés au lance-pierre.

Comme, dans l'histoire, j'ai pitié d'eux et que je suis quand même gentille (oui, je suis super sympa comme fille. C'est moi la blagueuse blogueuse, j'écris tout-qu'est-ce-que-je-veux d'abord), je file leur acheter une bouteille de Coca et des pains au chocolat, pour leur redonner des forces (au passage, j'ai pioché dedans. Mais c'est anecdotique).

Quand je reviens, ma montagne de cartons dans la cuisine a presque disparu... alors que 10 minutes auparavant, c'était la cuisine tout entière qui disparaissait derrière les cartons.

On leur donne de la potion magique, avant de les envoyer au travail, ou quoi???

Bon, je vous rassure, j'avais concocté à nos amis déménageurs d'autres piles tout aussi impressionnantes, durant ce loooong dernier mois, dans les autres pièces.

Sinon, mon histoire se terminerait trop vite, et plus personne ne me lirait.

Mais bien sympas, ces déménageurs. Et courageux, avec ça.

Effectivement, celui que j'ai eu au téléphone semble bien venir des pays de l'Est. Je n'ose pas lui demander d'où exactement, car j'ai peur de ne pas comprendre sa réponse, et d'être obligée de dire "ah, d'accord, super " alors qu'il viendra de me dire qu'il est en France pour faire vivre toute sa famille restée au pays, et que sa maman souffre de la pneumonie. On ne sait jamais.

L'autre, plus jeune, est martiniquais justement.

Ils font un travail remarquable -et remarquablement boueux, mais ça, ce n'est pas de leur faute; la pluie fait une espèce de gadouillasse de bouillasse de crapougnasse répugnante, que je suis supposée transformer mentalement en concept super positif, pour ne pas pleurer tout de suite, à l'idée du ménage qui m'attend- et nous les trouvons toujours sympathiques, jusqu'à environ 10h30.

Heure à laquelle ils nous ont réclamé LE chèque de 18000€.

Et là, tu as beau te dire que c'est la Marine qui rembourse, tu ne peux pas t'empêcher d'avoir mal. Je ne dirai pas où.

Je reste solidaire avec notre ministère en ces terribles instants.

Puis je les ai finalement trouvés super désagréables quand ils nous ont dit:

"Au fait... il nous faut un joustificatif de domicile. Sinon, caisse pas partir".

Pièce qui n'était pas demandée dans le dossier.

Et qui se trouve désormais dans la caisse maritime, fermée par une bonne quinzaine de clous longs comme mon doigt (choisissez lequel) (ah bravo!!! Esprit mal tourné!!!), aux côtés de cette bonne vieille imprimante.

Ouf, heureusement, j'ai la copie de la pièce sur clé USB. Reste à trouver l'imprimante.

Facile, j'ai la chance d'avoir des voisins très serviables.

Serviables, oui, mais ABSENTS... 

Heureusement, en contrebas, j'aperçois Madame X sur son balcon, en train d'arroser ses plantes.

Pas de chance, son imprimante refuse de sortir ledit document (il faut dire que c'était un avis d'imposition. Ca refroidit, de suite). Madame X m'envoie chez sa voisine d'en face, qui elle est en panne de cartouche. MAIS QU'EST-CE QUE J'AI FAIT dans mes vies antérieures???

Tout serait compromis à cause d'un simple papier, alors?! Ca semble tellement absurde...

Je reviens bredouille à la maison, et les déménageurs choisissent cet instant précis pour nous achever avec cette phrase:

"Poul les voitoules... on poulla pas vous lé faile ce matin, vous pouvez nous les appoltez vous-mêmes jousqu'au container à Six-Fouls (Six-Fours, pour ceux qui font semblant de ne pas comprendre le russe), cet aplès-midi vels 14 heules? AVEC JOUSTIFICATIF DOUMICILE"

Réflexion rapide:

- 13h30: école des petits,

- Gonfaron / Six-Fours: 1h15 de route (sans bouchons), avec nos deux voitures,

- 13h00 (si, c'est possible. Tout est possible avec la carte Kiwi): impression du justificatif de domicile depuis un cyber-café. Et après une guerre des nerfs contre une vieille dame qui refusait de lâcher l'unique imprimante des lieux.

- 14h00, dépôt de notre loyale Carnival devant chez le déménageur,

- 14h05, départ dans notre seconde voiture direction Toulon-Gare pour récupérer la 5008 de location,

- 15h00, deux plafonds hebdomadaires de carte bancaire, un coup de fil à la Caisse d'Epargne fermée le lundi et une crise de nerf plus tard, départ au volant d'une 5008 flambant neuve, et de notre Fiat Punto, flambant vieille, pour retourner chez le déménageur déposer cette dernière,

- 15h30, arrivée chez le déménageur et Lexomil en perfusion.

Comme vous le constatez, on peut aisément remarquer, même sans sortir de Saint-Cyr, qu'au niveau des horaires, quelque chose ne colle pas. Au niveau du traitement non plus: du Valium, qu'il nous aurait fallu. Le Mawi est d'un calme que je croyais légendaire jusqu'à hier. Aujourd'hui, je sais qu'en fait, il joue super bien la comédie.

Alors évidemment, tout cela aurait été tout bonnement impossible sans l'intervention héroïque de l'une de mes amies (Déborah, je t'aime), qui a pu me récupérer les enfants à la sortie de l'école, avant que la gendarmerie et la DDASS ne soient prévenues que nous sommes des parents indignes, infoutus de respecter un horaire.

Malgré cette divine intervention, nous avons été infoutus de respecter l'horaire convenu. 14h00, c'était juste impossible. Surtout sous la pluie. Surtout avec la circulation. Surtout avec une voiture qui fonctionne comme un avion et pour laquelle il faut Bac+4 pour savoir comment la conduire. Pourtant, j'ai la même à la maison. Mais la mienne, elle ne fait pas semblant de caler au point mort. P......N  de voiture silencieuse...

Bref, nous avions plein de circonstances atténuantes.

Mais comme il n'y a pas de problème, et que des solutions, je suis finalement arrivée à bon port.

Après m'être perdue dans la zone industrielle, mais c'est mon droit, si j'ai envie de faire du tourisme.

J'ai quand même eu un peu peur quand, en arrivant enfin sur place, tout échevelée et suivie de peu par Monsieur (dont je ne peux pas dire la même chose, étant donné qu'il est chauve) le bonhomme, à l'accueil du dépôt, m'a dit:

"C'était 14 heures, ma p'tite dame. C'est trop tard...."

En fait, c'était une blague.

Mais comme, après toutes ces péripéties, j'avais perdu le sens de l'humour sur la route, j'ai juste cru que c'était vrai.

J'ai fait semblant de ne pas tomber dans les pommes, et de ne pas être très en colère, et j'ai réussi à lui rétorquer avec un calme que je m'auto-bade encore: "Eh bien, dans ce cas, cher Monsieur, il fallait récupérer vous-mêmes les voitures ce matin, comme convenu." Sans trémolo dans la voix alors que j'avais une furieuse envie de faire un gros caprice.

Mais contre tout attente il a désamorcé ma dépression naissante d'un gros rire bien gras: "Bah non, j'rigole". Ah ben dis-donc. J'en ris encore, dis.

Retour à la maison au volant de l'avion, non sans soulagement.

Enfin, le soulagement, c'était avant qu'on rentre.

On avait oublié que la gadoue nous attendait sagement derrière la porte...

 

 

Mais, allez... Tout cela fait partie du package "campagne". Si c'est là la -toute petite- contrepartie à 3 ans de sérénité, je recommence demain!!!

Ah non, 'ttendez...

Pas demain. Demain, j'ai Mac-Do.

On se fixe donc ça au 09 juin.... date du repli en garde-meubles, hum? ... et avec le sourire!

(et sans pluie...)