* Nouvelle Présidente aux Affaires Internes

 

C'EST OFFICIEL! Nous ne sommes plus SDF!

Le maréchal des sans-logis de la Marine a rondement fait son travail, et nous avons ENFIN une adresse, une vraie:

Notre point de chute sera donc le MORNE-DESAIX (ne pas prononcer Morne Desexe, comme ma Maman. Même si c'est très tentant), camp de concentration (ça suffit, Maman!) base de vie dans laquelle les familles de militaires cohabitent.

Une sorte de... communauté, si vous voulez.

Définition de communauté: société de plusieurs personnes qui vivent ensemble sous certaines règles religieuses et dans certaines pratiques de dévotion.

Bon, d'accord. Pas de communauté, même si en chaque militaire vibre la flamme de la patrie (ouais, bon, je pousse un peu).

Pour faire simple: vous connaissez Army Wives? Fort Marshall? Eh bien, c'est pareil, mais c'est le Fort Desaix. Parce qu'il n'y a pas que les amerloques qui ont leurs références. En gros, c'est le genre d'endroits où poussent plus de militaires au mètre carré (et de futurs militaires potentiels) que nulle part ailleurs.

 

J'ai aussitôt missionné Môman pour un repérage des lieux (mes parents sont en Martinique depuis un bon mois déjà. On a misé sur le regroupement familial); malheureusement, elle a seulement pu me dire que le planton, à l'entrée du domaine militaire, "était mignon", je cite.

C'est déjà un début.

Ca peut inciter les indécis(es) à venir nous y voir, tous les moyens sont bons (avis à nos amies célibataires de métropole! Bogôsse à babow'!!!).

 

C'était sans compter sur mes envoyées très spéciales sur place, j'ai nommé Angie et Isa, deux fidèles lectrices (je salue leur courage. Parce que faut me suivre, quand même. NB: passée la barre des 150 "j'aime", "je kiffe ma race" ou "je like à donf", j'écris un bouquin. NB number two: cette déclaration n'a de valeur que celle d'une promesse politique).

Elles ont déclaré que ce cadre de vie serait probablement des plus agréables et des mieux équipés pour notre "petite" famille.

Finalement, il semble que le Morne Desaix n'ait de morne que le nom.

Je les remercie encore pour leur contribution.

 

Donc, une excellente nouvelle pour nous.

 

Ce qui était moins drôle, c'est que désormais, je n'avais plus de prétexte pour reculer l'échéance -inévitable- de la PAPERASSE ADMINISTRATIVE (rien que le nom fait peur. "Paperasse, ça rime avec "embarrasse". Ca vous dissuade un homme) destinée à signaler notre prise de résidence secondaire (si vous êtes des impôts, passez votre chemin) changement d'adresse.

Mais siiiii... vous savez... cette montagne de feuilles volantes posées négligemment sur un coin de votre bureau -poussiéreux, le coin-, à la croissance inexorable (car les paperasses se reproduisent entre elles, dans des sortes de maisons closes que l'on appelle "paperasseries", antichambres des administrations), et que vous vous obstinez à:

- regarder sans voir

- voir sans regarder.

Vouâlââââââ. Cette pile-là. Avec les mentions, assez agressives: "IMPOTS", "FACTURE", "RAPPEL", et autres impolitesses d'organismes vous voulant -FORCEMENT- du mal.

Et elle aussi vous regarde en coin, avec son air fourbe et narquois... L'odieuse...

 

Alors, j'ai pris mon courage à deux mains (enfin, avant ça, j'ai dû motiver mon cerveau à motiver mes mains. L'effort nerveux que j'ai produit pour bousculer mes quelques neurones a failli provoquer un court-circuit). Puis j'ai traité, disséqué, de façon quasi-chirurgicale ("pinces!!! Ciseaux!!! Colle!!! Stylo! -épongez-moi- Feuille! T'as perdu, la feuille enroule la pierre!), une bonne trentaine de correspondances diverses (j'ai failli écrire "d'ivresse") et variées. TRES variées:

 

impots

 

 

CAF

 

 

couillons

 

JE FUS donc bonne pour un convoi exceptionnel jusqu'à la Poste, afin de m'y décharger de la corvée de l'année.

La Poste proposera bientôt des forfaits mobiles < Photo humour

 

J'ai demandé 15 bordereaux de recommandés à la guichetière, dont les yeux ont rapetissé derrière ses lunettes.

Elle me les a tendus avec un air à la fois incrédule et désappointé. J'ai cru déceler, dans son regard, une pointe d'impatience mêlée à quelque chose qui ressemblait fort à de l'agacement. Peut-être à l'idée que j'allais la faire travailler dur, pendant l'heure qui allait suivre. Et que son café allait inexorablement refroidir, pendant ce temps.

J'ai essayé de deviner ses pensées, et voici ce que j'ai virtuellement entendu:

"RHHHHAAAAAA!!!! L'emmerdeuse! Encore une procédurière... Pfffff..."

Du coup, je me suis sentie obligée de me justifier:

"Oui, parce que je déménage..."

Sans répondre, elle m'a lancé un regard par dessus ses lunettes, qui voulait dire: "ça ne change rien à mon problème", et m'a tendu une liasse de bordereaux d'un geste sec. Boah... un imprimé de plus ou de moins à remplir...

En échange, elle m'a demandé ma carte bleue. Je la lui ai tendue, elle l'a saisie entre son pouce et son index, j'ai résisté, elle a tiré plus fort, j'ai capitulé. J'ai regardé ma carte bleue prise en otage, et l'espace d'un instant, au moment où je saisissais mon code, il m'a semblé la voir fumer. La guichetière a appuyé sans complaisance sur le bouton "valider", et me l'a rendue d'un geste triomphant.

Si je persiste dans la mauvaise foi absolue, je dirais qu'elle était arrogante et parfaitement satisfaite de m'avoir extorqué une bonne soixantaine d'euros. En vérité, elle n'a fait que son boulot, la pauvre dame.

Tout ça pour remplir quinze bordereaux, qui vous ordonnent autoritairement d"APPUYER FORT", jusqu'à ce que votre main en tremble et que vous vous retrouviez avec une écriture d'écolier et une crampe au pouce. Si, un jour, je finis avec un canal carpien, je saurai à qui je le dois: LA POSTE.

 

 

 

 

Mais c'est grâce aux gens comme moi, finalement, que les services publics ne se retrouvent pas au chômage technique.

 

A LA SUITE DE CETTE TRAUMATISANTE EXPERIENCE, je suis partie récupérer mes filles à la crèche.

Dans la cour, au loin, j'aperçois 2 camions de pompiers... Montée d'adrénaline incontrôlable (demain, j'arrête le café). Avec le bol que j'ai, c'est pour moi. J'accélère le pas -non, ça fait désespérée- donc je tente de garder une démarche naturelle et décontractée.

Je ne suis sûrement pas une bonne actrice, car la Directrice de la crèche, me voyant arriver, ouvre tout grand la porte et me crie, de loin: "NE VOUS INQUIETEZ PAS, les filles vont bien!!!".

Et là, j'ai eu la réaction la plus nombriliste du monde: "Ah, OUF!!!" (ouh... la honte...), avant de me rattraper: "Mais... ce n'est pas grave au moins?" (ben non ma grande, il y a la moitié de la caserne dans la cour, mais à part ça, tout va bien!)

Réponse de la Directrice: "Non non, l'une des auxiliaires s'est démis le genou!"

Deuxième réaction la plus stupide du monde: "Ah, ça va alors". Ben non, ça va pas, Mawie! La dame n'a plus de rotule. Alors certes, elle n'a plus l'âge de faire du tricycle. Mais il n'empêche que ce doit être atrocement douloureux...

C'est arrivé à mon mari, une fois. Il est réunionnais, donc mat de peau, et je l'ai vu devenir tout blanc. Cherchez l'erreur. Même ce bon vieux Michaël Jackson n'a pas blanchi aussi vite. Mais le pire, c'est qu'il m'a dit: "Il faut me le remettre en place avant qu'il ne gonfle, viiiite!!!"

J'ai regardé derrière moi, il n'y avait personne. J'en ai déduit que c'était à moi qu'il parlait. OH-OH.... J'ai regardé son genou, j'ai regardé mes mains, j'ai re-regardé son genou pour voir si -d'aventure- il ne s'était pas barré entre temps (un espoir fou, je sais pas...), mais il était toujours là. J'ai entendu un bruit à mi-chemin entre le gond mal graissé et le bois mort qui craque. Et là trou noir. Les pompiers sont bien venus, finalement. Mais pour moi. Non, bon j'exagère... mais si peu....

 

Pour notre bien à tous (surtout le mien, avant que je ne tourne de l'oeil), fin de digression. Ca devient gore.

 

 

 

ALORS, pour rester dans les formalités administratives, je suis partie récupérer mes passeports aujourd'hui.

Mais la présence de mes deux aînés étant impérative, et l'école ayant eu la bonne idée d'ouvrir un mercredi pour rattraper l'aqueduc le pont qui suivait, j'ai été contrainte de faire un crochet par leurs groupes scolaires respectifs (oui, je mets "groupes scolaires" pour éviter la répétition du mot "écoles").

Comme personne ne m'ouvrait, j'ai dû mobiliser tous mes souvenirs pour me rappeler comment Mac-Gyver faisait pour forcer un portail.

Donc:

- Passer la main entre les barreaux: check.

- Soulever le bitoniau: check.

- Lui faire effectuer une rotation à 90 degrés: check.

- Ouvrir: ouf!!!!

L'année prochaine, je pourrai intégrer l'équipe du GIGN, je pense.

Je récupère mes loustics, je fonce -autant qu'une Fiat Punto de 10 ans peut foncer sans fumer- jusqu'à la mairie, je récupère mes passeports, fin de l'histoire.

 

 

 

Quoi, c'est pas drôle?

Bon, d'accord, je vous fais la version longue:

je suis tombée sur une dame fort sympathique. Mais fort, fort sympathique. Mais FORT sympathique. Et Fort bavarde, surtout. Elle est d'abord attardée sur ma date de naissance:

"QUOI???? Vous n'êtes que de 82??? et vous avez... 4 enfants?" Suivi de la sempiternelle phrase-bateau:

"C'est pas trop duuuur? Mais comment vous faites?"

Bah, écoute, rien de plus simple: régulièrement, j'en prends un, je le noie dans le Lac de Carcès, tu vois?

"Mais c'était un choix?"

Voui Madame, je sais ce que signifient les termes "pilule" et  "contraception".

"Han la laaaaa! Des jumelles en plus? Eeeeeh ben... Ma pauvre...."

Mais dis-donc, c'est qu'elle commence à me taper sur le ciboulot, Tartempionne, là! Non, non, je vous assure que c'est un grand bonheur. Je sais que ça peut sembler difficile à intégrer, mais NON, je ne suis pas femme d'officier, NON, je ne suis pas catholique pratiquante (à supposer encore que ces clichés soient vrais), et NON, je ne suis pas témoin de Jéhovah, parce qu'avec 144.000 clampins à sauver, si Jehovah ne choisissait que des "poules pondeuses" comme moi, n'est-ce pas, il atteindrait trop vite son quota.

En plus, mes enfants sont absolument parfaits. Tellement sages à la Mairie (en fait, ils étaient sur point de s'endormir à force d'ennui, pendant que l'autre jacassait pis-que-pendre), qu'elle s'est bien trouvée obligée d'admettre que c'était une parfaite réussite. Nan mais ho. Alors évidemment, je n'allais pas lui raconter les combats de Playmobils tous les soirs à partir de 17 heures, et les séances quotidienne sde dépiautage de Pitch, sport favori des jumelles, traumatisées par l'histoire du petit Poucet. Pas maso, non plus. Mais ça, c'est une autre histoire.

 

 

Bon sang... Les administrations....

 

Ah, au fait:

 

 

Dans la vraie vie, je suis fonctionnaire. ;-)

 

(Mais ne le répétez à personne....)